Histoire
10
09
2025

Quand l’humanité accouche de l’individu

L’histoire de l’humanité passe par différentes étapes
TAGS : Ame | Animaux | Cerveau | Chamanisme | Christianisme | Connaissance de soi | Consommation | Évolution | Individu | Intelligence artificielle | Jung | Libéralisme | Messie | Mondialisation | Mort | Préhistoire | Religion
Publié le : 10 septembre 2025 - Modifié le : 6 décembre 2025

Depuis sa naissance, l’humanité est passée par des stades successifs, dont les religions se sont fait l’écho. Confusion avec la nature, confrontation avec le ciel, dialogue avec Dieu et aujourd’hui, culte de l’ego. L’individualisme qui marque notre époque est parfois perçu comme une erreur de l’Évolution. Et on se lamente de la dégradation du « vivre ensemble ». Mais si, au contraire, l’individualisme était une chance pour le développement de l’humanité. À condition que la société accompagne ce mouvement et que les gouvernants acceptent une perte de leur pouvoir…

Quand avons-nous compris que nous n’étions pas (que) des animaux ?

EN BREF

• L’Homo Sapiens, notre espèce, serait apparu il y a 300 000 ans en Afrique, avant de coloniser les autres continents. Cependant, nos ancêtres préhistoriques n’avaient probablement pas conscience d’appartenir à une « humanité » distincte des animaux. Les fresques rupestres, comme celles de Lascaux ou Chauvet, montrent surtout des animaux, suggérant que l’humain ne se percevait pas comme différent du vivant qui l’entourait.

• La séparation entre l’homme et les autres singes remonte à 6-7 millions d’années. Contrairement aux autres espèces, l’humanité a connu une évolution fulgurante, maîtrisant la nature, l’énergie, et même l’espace. Les religions expliquent cette singularité par une origine divine, tandis que la science évoque le développement du cerveau et de la conscience.

• La question de la conscience reste ouverte : est-elle le produit du cerveau ou une entité immatérielle ? L’histoire de l’humanité semble marquée par une quête de sens et une évolution intérieure, au-delà des adaptations biologiques.

De quand date l’apparition de l’humanité ? Si les humains existent depuis des millions d’années, l’homme moderne que nous sommes, Homo Sapiens, serait apparu, lui, selon les dernières recherches, il y a 300.000 ans, en Afrique, au Maroc précisément, sur le site de Jebel Irhoud, avant de coloniser l’Europe, l’Asie et l’Amérique [1]. Mais en fait, il n’est pas certain que notre ancêtre lointain ait eu conscience d’appartenir à « l’humanité ». Cela n’avait sans doute pas de sens dans ces temps reculés.

Les hommes préhistoriques qui ont peint des fresques dans des grottes, comme à Lascaux ou à Chauvet, avaient-ils conscience d’être très différents des animaux qu’ils représentaient ?

Longtemps, l’homme a pu se considérer comme un animal parmi les autres, proie pour certains, prédateur pour d’autres. Dans son livre sur « La Caverne originelle » [2], dont j’aurai l’occasion de parler dans un futur article, Jean-Loïc Le Quellec, anthropologue et préhistorien français, pense que même les hommes qui ont peint des fresques dans les grottes datées d’il y a 40.000 ans ou moins, ne voyaient pas dans les animaux qu’ils représentaient des créatures différentes d’eux-mêmes. Voici ce qu’il écrit :

Comment se fait-il que, durant des dizaines de milliers d’années du Paléolithique, les humains aient multiplié les représentations animales tout en ne se figurant presque jamais eux-mêmes ? Pourquoi la figure humaine n’apparaît-elle que relativement tard, ne devenant réellement fréquente, voire majoritaire, qu’à partir du Néolithique ? (…) À ces interrogations, que bien des archéologues ont soulevées avant lui, Philippe Grosos apporte une réponse simple et lumineuse : au Paléolithique, l’humain ne s’est « pensé que sur un mode participatif à l’égard du vivant qu’il a côtoyé », et « la claire conscience de sa différence, c’est-à-dire tout aussi bien sa séparation, ne lui est venue que tardivement » [3]

Il est difficile de savoir quand précisément nos ancêtres ont pris conscience qu’ils étaient des animaux à part — mieux, qu’en fait, ils n’étaient pas des animaux, mais des humains. Personne ne sait précisément quand cette prise de conscience a eu lieu.

Historique des différentes « lignées » issues d’un « singe originel ».

Mais ce moment est capital. L’homme que nous sommes se sépare de la branche de notre ancêtre commun avec les autres singes il y a 6 à 7 millions d’années [4]. Qui peut alors imaginer quelle va être l’extraordinaire destinée de cette espèce qui naît à ce moment-là, et qui va laisser sur place tous ses cousins ! Aujourd’hui, les gorilles actuels ressemblent beaucoup à ceux qui ont divergé de notre ancêtre commun avant nous. Le chimpanzé que nous croisons aujourd’hui est très semblable au chimpanzé qui, après nous, s’est séparé de l’ancêtre commun. Alors que nous…

Inutile de faire un dessin, nous avons suivi une trajectoire étourdissante qui n’est comparable à celle d’aucun autre animal. Nous avons conquis le monde, domestiqué la nature, maîtrisé l’énergie, colonisé toute la Terre et même le ciel. Nous nous sommes posés sur la Lune. Aucune autre espèce n’a eu une telle destinée !

Comment interpréter un tel prodige ? Les religions [5] ont naturellement leur explication. La Bible le dit très clairement, Dieu a crée le décor, les animaux, puis l’homme et, « à partir d’une de ses côtes », la femme. L’homme a donc, selon les religions, une place à part dans la création du monde. C’est la vision des mythes religieux qui part de cette constatation que l’homme n’est pas un animal comme les autres. Il semble qu’il soit une sorte d’être hybride, mi-animal mi-dieu. Il aurait emprunté son support physique à l’animal (difficile de ne pas considérer que, physiquement, nous sommes dans la lignée de tous les autres animaux, et surtout des singes…), mais il aurait emprunté son « génie » à quelque chose qui le dépasse, et qui l’anime, l’âme. C’est du moins la vision des religions. Sur la nature de l’âme, et sur son existence même, on risque de s’interroger longtemps ! Mais il est clair que nous avons en nous cette dualité : nous avons tout d’un animal, et en même temps, nous sommes autre chose.

L’homme a tout d’un animal en apparence, et pourtant il est si différent !

Pourquoi ? Comment ? Chacun a sa réponse.

Ce qui est sûr c’est que notre part d’humanité, ce qui nous différencie des autres espèces, a une histoire. La plupart des animaux semblent répéter éternellement les mêmes schémas. Bien sûr, il y a des adaptations : les dinosaures sont devenus des oiseaux, les loups sont devenus des chiens, et de nombreuses espèces ont évolué pour s’adapter à leur environnement, mais d’autres espèces sont restées identiques à leurs lointains ancêtres, les abeilles sont toujours des abeilles… et les chats sont toujours des chats !

Nous, nous avons évolué sans cesse, sans qu’on puisse affirmer que cette évolution soit liée à des changements de notre environnement — nous sommes d’ailleurs grandement responsables de ces changements ! Certains chercheurs voient dans le développement de notre cerveau l’explication de notre formidable destinée sur Terre. Toute cette belle aventure humaine ne serait-elle qu’une affaire de neurones ? [6] On bute là sur la question de notre conscience, et de son pendant, notre inconscient, qui semble diriger nos vies de l’intérieur, à notre insu. Je l’ai expliqué dans un récent article « Conscience, où te caches-tu ? » : comme les scientifiques n’ont pas (encore ?) trouvé dans le cerveau le siège de la conscience, telle que nous en avons l’expérience quotidienne — c’est-à-dire ce point où toutes les informations semblent converger — certains pensent qu’elle serait extérieure au cerveau, celui-ci n’étant qu’un relais physique d’une entité immatérielle située ailleurs.

De là à imaginer que cette entité immatérielle qui nous habite fait vivre à l’humanité une histoire, il n’y a qu’un pas… Notre espèce semble en effet s’inscrire dans un récit qui la fait passer par différentes époques, différents stades, dans la perception qu’elle a d’elle-même. Difficile d’admettre que les transformations successives de l’humanité soient dues seulement à l’évolution de notre cerveau. Cette évolution est assez stable depuis des milliers d’années, et pourtant, force est de constater que la mentalité des humains a considérablement changé au fil des millénaires. Dire que ces métamorphoses sont dues aux changements de son environnement ou à la modification de son cerveau ne rend pas compte de l’existence d’un mouvement intérieur de l’humanité.

Il en va ainsi de l’individualisme.

Naissance de l’individu

EN BREF

• L’individu, tel que nous l’entendons aujourd’hui, est une invention récente. Avant la Renaissance, la plupart des humains vivaient en groupes homogènes, sans identité personnelle marquée. Seuls quelques dirigeants ou élites se distinguaient. Descartes, avec son « Cogito ergo sum », marque un tournant : l’individu émerge, le groupe s’efface.

• Les sociétés anciennes, comme l’Égypte, montraient une hiérarchie stricte : pharaons, prêtres, et une masse anonyme. Les pyramides, par exemple, étaient construites par des ouvriers interchangeables. Cette structure a persisté pendant des millénaires, avec peu de place pour l’individualité.

• L’émergence de l’individu est donc un phénomène moderne, lié à des changements culturels et philosophiques profonds.

Rien ne prédestinait les humains à devenir des individus, au sens où nous l’entendons aujourd’hui, c’est-à-dire des êtres dotés d’une volonté propre, d’une pensée propre, d’une destinée propre.

Certains chercheurs datent la naissance de l’individu de la fin du Moyen Âge, dans la période de la Renaissance. En 1637, le savant René Descartes (1596-1650) prononce son célèbre « Cogito ergo sum », « Je pense donc je suis ». L’individu apparaît et le groupe s’efface derrière lui.

Cela nous semble évident aujourd’hui, humains du XXIe siècle : nous sommes des individus dotés d’une forte autonomie et différents les uns des autres. Mais avant la Renaissance, que sont les êtres humains ? Certes, il y a les rois, les prêtres et les seigneurs, qui peuvent se prévaloir d’une identité forte. En remontant plus loin encore, en Egypte par exemple, nous avons un pharaon à la personnalité bien affirmée, et autour de lui sans doute quelques individus différenciés, mais le reste de la population est un groupe homogène, pas une communauté d’individualités comme nous le vivons aujourd’hui. Pour les pyramides les plus connues, comme celle de Keops, nous savons à qui elle était destinée, mais nous avons très peu d’informations sur l’identité de leurs concepteurs. Quant à ceux qui les ont construites, c’est une masse indifférenciée d’ouvriers. Bref, en ces temps anciens, les individus se comptent sur les doigts d’une main.

On peut supposer, même si nous n’avons aucune preuve, que ce schéma remonte aux origines de l’humanité. D’un côté quelques meneurs qui entraînaient le groupe dans la chasse au quotidien, dans ses migrations quand le moment était venu, dans ses explorations du monde, quand l’envie lui en prenait — et de l’autre, un groupe qui suivait.

Et l’on sait que pendant très longtemps, l’homme ne s’est pas senti dissocié de la nature. Il pensait même parfois que son ancêtre était l’arbre au centre du village. Un peu comme l’enfant qui naît met longtemps à se rendre compte qu’il n’est pas un bout de sa mère, mais un être à part.

Les métamorphoses de la religion

EN BREF

• Les premières religions étaient animistes : le divin était indissociable de la nature, et les âmes étaient collectives. Avec la sédentarisation, les dieux se sont multipliés (polythéisme), reflétant une différenciation des groupes humains. Puis, avec la Bible, l’idée d’un dieu unique s’impose, centralisant la transcendance.

• Carl Gustav Jung décrit une « intériorisation » de la transcendance : d’abord dispersée dans la nature, puis incarnée par des dieux, elle se concentre en un seul Dieu, avant de descendre dans le cœur de chaque individu. Aujourd’hui, le « dieu » est souvent le Soi, marquant le triomphe de l’ego sur le collectif.

• Cette évolution reflète une histoire de l’humanité où l’individu prend progressivement le pas sur le groupe, au risque de l’isolement et de la perte de sens commun.

Cette marche de l’humanité vers l’individu trouve son reflet dans l’histoire des religions. Si l’on se demande comment nos ancêtres ont répondu à la question : « Où est Dieu ? », on s’aperçoit que la réponse a beaucoup évolué au fil du temps, mais dans une direction très nette. Et cette réponse reflète clairement une histoire de l’humanité en cours.

Les religions anciennes (ici les alignements de Carnac en Bretagne) semblent faire peu de cas de l’individu.

Au début, le dieu de nos ancêtres est indissociable de la nature. Il est la nature. Avec elle, avec lui, nous ne faisons qu’un. La notion d’individu n’existe pas. Les âmes ne sont pas différenciées. On peut parler d’âmes groupe. Nous vivons à l’unisson les uns des autres. C’est sans doute à cette époque que va se créer l’inconscient collectif, mis en lumière par le psychologue Carl-Gustav Jung, et qui, selon lui, nous unirait tous. Ce serait la base psychologique de tous les êtres humains.

Puis il est possible — et cela va dominer l’histoire de l’humanité pendant des millénaires — qu’une conscience plus restreinte des groupes soit apparue. Cela est sans doute né du fait de l’accroissement de la population. À la préhistoire, à l’époque où l’homme peint des fresques dans les grottes du sud de la France et du nord de l’Espagne, les humains ne sont qu’une poignée, quelques milliers d’individus. Et puis, ils se multiplient et, quand le climat est plus favorable, ils migrent aux quatre coins de monde, créant ainsi des groupes humains différenciés.

Plus tard, avec la sédentarisation, la notion de communauté d’individus va émerger et cette conscience se renforcera quand les premières civilisations vont apparaître. Il y a nous et les autres. C’est, toujours selon Jung, la naissance d’une nouvelle strate de l’inconscient collectif, l’inconscient du groupe, du clan. Mais l’individu — en-dehors de l’élite — n’est pas encore apparu.

Et cette structure des sociétés va traverser les millénaires.

Pendant ce temps, la conception du dieu évolue, du moins dans la culture judéo-chrétienne. Peu à peu, il se sépare de la nature et, pour ainsi dire, il monte au ciel. À l’animisme des premiers temps, succède le polythéisme. Dieu n’est plus la nature, mais il s’en sépare et la commande. Il devient alors multiple. Il y a des dieux pour tout : le vent, l’eau, le feu… et même les passions humaines ! C’est la religion des premières civilisations, de l’Egyptiens, des Grecs, des Romains. On se souvient qu’en Egypte, un pharaon, Akhenaton, va avoir l’audace de supprimer tous les dieux que les Égyptiens adoraient pour les remplacer par un seul dieu, incarné par le Soleil, Aton. C’est le prémisse d’un dieu unique qui va s’imposer par la suite. L’histoire de l’humanité est en marche… mais il est trop tôt et quand Akhenaton meurt, son fils Toutenkamon réactive les anciens dieux… Il faut dire que le Soleil est difficile à personnifier. Cette boule de feu semble gouverner nos vies, mais elle manque, si j’ose dire, d’humanité pour qu’on puisse entretenir avec elle une relation émotionnelle.

Mais alors que les Egyptiens honorent encore une myriades de dieux, pas très loin d’eux, un texte commence à raconter une autre histoire, celle d’un dieu unique, qui a créé le monde, la nature et l’homme, c’est la Bible. Les chercheurs datent la conception de ce texte de 1.200 avant J.-C. Le divin n’est plus éparpillé « façon puzzle » comme dirait le scénariste Michel Audiard, mais rassemblé en une seule et même entité.

La Bible instaure la croyance en un dieu unique, rompant avec des millénaires de religions polythéistes.

Cette entité va alors régler notre monde [7] pendant des millénaires jusqu’à notre époque moderne où le seul dieu qui existe désormais, c’est le Soi. Selon Jung en effet, l’histoire de nos croyances serait animée d’une dynamique qui peut se résumer par une intériorisation de la transcendance. Elle était éparpillée dans la nature, puis elle s’est cristallisée dans le ciel en quelques entités bien différenciées. Elle s’est ensuite rassemblée en une seule personne, Dieu, puis elle est descendue dans le cœur de chaque individu. Aujourd’hui, le seul dieu que la plupart des gens adorent, c’est leur nombril. C’est ainsi que Jung décrit l’évolution de nos croyances, et donc de la vision que nous avons de notre humanité. Au fil de notre histoire, Dieu se serait peu à peu « intériorisé ». Dans le même temps, les religions, dont le principe était de « relier » les humains (religere en latin) ont cédé du terrain. Le collectif régresse, et l’ego triomphe.

J’ai évoqué cette question du « Centre du monde » dans un article précédent.

C’est grave, docteur ?

EN BREF

• L’individualisme a permis de reconnaître la valeur de chaque personne, mais il a aussi affaibli les liens collectifs. Autrefois, les humains étaient souvent traités comme une masse (soldats, ouvriers), mais aujourd’hui, l’ego domine, au détriment de l’empathie et de l’intérêt général.

• Les institutions traditionnelles (religions, partis politiques, syndicats) perdent de leur influence. Par exemple, en France, l’adhésion aux syndicats ou aux partis politiques a fortement chuté. Même le sport, autrefois symbole de représentation nationale, devient une affaire personnelle.

• Cette atomisation de la société pose question : l’individualisme est-il un progrès ou une menace pour le « vivre ensemble » ?

Oui et non.

Non, parce que longtemps l’humain a été considéré par les élites un peu comme du bétail, dont on faisait peu de cas, quand on ne le considérait pas comme de la chair à canon. D’ailleurs, l’armée, de tout temps, s’est employée à retirer toute individualité aux soldats et les a « uniformisés ». Ce ne sont pas des individus, ce sont des unités. Les salariés au début de l’ère industrielle n’ont guère été mieux traités. Sur les chaînes de production, ils étaient des numéros, leur personnalité étant réduite à des gestes répétitifs qu’ensuite on a demandé à des robots de reproduire. Et cette sorte de déshumanisation de l’humain n’a pas disparu aujourd’hui. Les soldats sont toujours de la chair à canon (ou à drones maintenant) et les salariés sont considérés comme des robots, pris dans des travaux dont le sens leur échappe, à cause de l’atomisation du travail en une multitude de tâches routinières. La plupart sont interchangeables.

Mais si les phénomènes de masse existent encore aujourd’hui — on en reparlera plus loin — la prise de conscience de soi est la marque de notre époque.

Longtemps les pouvoirs ont considéré le peuple comme une somme indifférenciée d’individus interchangeables.

Dans le domaine de l’enfance, grâce aux travaux de Françoise Dolto, on a accepté l’idée que le nouveau né était une personne. Aujourd’hui, on le considère comme un individu à part entière.

Mais cette émergence de l’ego n’est pas sans poser quelques problèmes. Les groupements d’autrefois : religion, syndicats, partis politiques, associations, etc. sont désertés. La prise en compte de l’autre demande beaucoup d’efforts aux individus [8]. L’empathie n’a plus la cote. L’intérêt général s’efface au profit des intérêts particuliers. Le politologue Jérôme Fourquet a publié un livre où il parle de l’archipélisation de la société [9]. Chacun vit dans sa sphère, laquelle ignore les autres, quand elle ne les méprise pas. Dans son livre, il écrit ceci sur la réduction de l’influence de la foi chrétienne dans un pays pourtant considéré comme la « Fille aînée de l’Église » :

Les catholiques conservant un lien véritable et effectif avec l’Église et la foi chrétienne représentent donc aujourd’hui entre 6 et 12 % de la population française [10].

Même désaffection du côté des partis politiques, comme le mentionne le journal Le Monde :

Rémi Lefebvre, professeur de science politique à l’université Lille-II, évoque un Parti socialiste (PS) ­ « moribond », des « instances partisanes dévitalisées » et un risque d’« effacement » : le PS comptait 280 000 adhérents en 2006, seulement 86 000 en janvier 2016. Quant à l’UMP, elle comprenait en 2007 370 000 membres ; Les Républicains (LR) en déclaraient seulement 238 000 en janvier 2016, soit une perte de 132 000 [11].

Idem pour les syndicats. Le Centre d’observation de la société écrit ceci :

Un salarié sur dix seulement adhère à un syndicat en France. Le taux a chuté de 30 % à 17 % dans les années 1950, il est ensuite resté assez stable jusqu’à la fin des années 1970, puis a dégringolé à nouveau pour atteindre 10 % au début des années 1990 selon les estimations du ministère du Travail [12].

Cette mise en avant de l’individu au détriment du groupe se voit aussi dans le sport. Autrefois, les champions représentaient leur pays, parce que s’ils étaient brillants, ils le devaient certes à leurs qualités personnelles mais surtout aux infrastructures des pays qui leur avaient permis de s’entraîner dans des conditions optimales et donc de mettre en valeur leurs qualités personnelles. C’était d’ailleurs l’esprit des Jeux Olympiques dans la version moderne imaginée par Pierre de Coubertin : les exploits des champions permettaient de déterminer quel pays avait le meilleur système d’entraînement. Voilà pourquoi les champions défilaient derrière le drapeau de leur pays lors de la cérémonie d’ouverture.

Mais aujourd’hui, cette conception est un peu en perte de vitesse. Un grand nombre de sportifs considèrent que leur exploit n’est dû qu’à leur capacité personnelle et leur appartenance à un pays passe souvent au second plan.

Ce primat de l’individu sur le collectif affecte ce qu’on appelle aujourd’hui notre « vivre ensemble ». Dans le train, le métro, l’avion, les restaurants, les salles d’attente, beaucoup de personnes se comportent comme si elles étaient seules au monde.

Pourtant il apparaît que cette émergence de l’individu fasse partie de l’histoire de l’humanité et qu’elle en constitue, sinon un aboutissement (on ne connaît pas la suite !), du moins une étape importante. Mais, comme on va le voir, l’individualisme est mal utilisé, et il est contrarié par des forces hostiles. Le problème de notre époque est là : l’humanité appuie en même temps sur l’accélérateur et sur le frein. Et forcément ça coince [13]

Du bon usage de l’individualisme

EN BREF

• L’individualisme pourrait être une étape positive si chaque personne s’engageait dans un développement physique, culturel et spirituel. Grâce à Internet, l’accès à la connaissance est sans précédent, offrant des opportunités de croissance personnelle.

• Cependant, l’individualisme actuel vire souvent à l’égocentrisme, au mépris de l’autre et à la fermeture d’esprit. Un « bon individualisme » impliquerait de cultiver ses talents tout en restant ouvert aux autres, pour un enrichissement mutuel.

• L’enjeu est de transformer l’individualisme en une quête de Soi, et non en repli sur soi.

Il est évident que l’idée de ne plus considérer les humains comme une masse indifférenciée, composée d’unités sans personnalité propre, de numéros au service des puissants, sans importance et interchangeables, est plutôt une bonne chose. On comprend que l’Évolution, dans sa grande sagesse, ait imaginé cette étape dans le développement de l’humanité. Il y en aura sans doute d’autres. Au train où vont les choses, il est possible que dans quelques siècles (peut-être avant, tout va si vite), l’humain soit « augmenté » par des robots, par de multiples prothèses qui en amélioreront les capacités. La prochaine étape est sans doute l’apparition d’un homme bionique, mi-naturel, mi-artificiel, c’est du moins ce que pensent les tenants du transhumanisme. Mais cette étape, selon moi, n’adviendra que si la précédente, celle que nous vivons en ce moment, va pleinement à son terme, c’est-à-dire un développement de l’individu. Car l’artificiel ne doit pas supplanter l’humain mais l’enrichir. Encore faut-il que la base ait quelque consistance.

À cet égard, on peut se demander si l’émergence de l’Intelligence Artificielle va dans le sens de l’amélioration de l’individu ou, au contraire, conduit à une uniformisation des schémas de pensée et de l’esthétique visuelle, et à une perte de créativité et d’autonomie personnelles. L’Intelligence Artificielle est sans doute une chance pour l’humanité, il n’est pas dit qu’elle le soit pour l’individu.

L’étape suivante du développement de l’humanité est-elle « l’homme augmenté » ? Ou, mieux encore, un individu « sur mesure » ?

On peut se demander si l’humain ne fait pas un bien piètre usage de son individualisme. Celui-ci vire souvent à l’égocentrisme, au repli sur soi identitaire, au mépris (et parfois même à la haine) de l’autre.

Un bon individualisme, pour moi, consisterait à se consacrer à son développement personnel, sur le plan physique, sur le plan culturel et sur le plan spirituel. Autant dire, chaque individu devrait s’employer à explorer et à cultiver ses capacités personnelles. L’idéal étant bien sûr de développer les trois aspects : le corps, l’esprit et l’âme. L’individu moderne, débarrassé des maladies et des guerres, devrait pouvoir utiliser ses loisirs à se construire un corps d’athlète, ou, s’il ne se sent pas une telle ambition, au moins se garder en bonne forme par une activité physique régulière et une bonne hygiène mentale [14].

Grâce à Internet, nous avons maintenant accès à la plus grande bibliothèque que l’humanité a jamais connue. Tout nous est accessible : tous les livres, toutes les recherches, toutes les techniques, toutes les musiques, toutes les œuvres d’art. Nous pouvons chaque jour enrichir notre esprit de découvertes dans tous les domaines, selon notre goût. Et toutes ces connaissances sont naturellement propices à développer notre propre créativité, à apporter notre propre pierre à l’édifice de la culture humaine, chacun selon ses préférences.

Aujourd’hui, l’individualisme s’est mué en égocentrisme, en culte du Moi en lieu et place de la quête de Soi.

Et si nous avons un corps sain et un esprit sain, alors sans doute peut s’ouvrir une voie spirituelle. Nous pouvons sans crainte nous lancer dans l’exploration de mondes plus mystérieux, plus profonds. Nous pouvons entreprendre ce grand voyage vers Soi [15].

Cet individualisme est loin de l’égoïsme et du repli sur sa petite personne que nous constatons aujourd’hui où le Moi l’emporte sur le Soi. Se développer soi-même ne se fait pas nécessairement au détriment des autres, dans la solitude. L’humain n’est d’ailleurs pas fait pour cela. Il ne s’agit plus seulement de « vivre ensemble » mais de « grandir ensemble ». Or l’égocentrisme qui caractérise notre époque bloque l’évolution de l’individu. En se repliant sur son Moi, en ne tolérant que ses opinions, que sa vision du monde, en refusant tout ce qu’on ne pense pas, l’individu se sclérose et stoppe l’évolution de l’humanité dont la réussite est liée pour beaucoup au partage et à l’enrichissement mutuel. Il y a péril.

Avons-nous pris le bon virage ?

EN BREF

• L’individualisme moderne se traduit souvent par du consumérisme et de la passivité : sport devant la télévision, culture comme divertissement, et addiction aux réseaux sociaux. Les loisirs ne servent plus à se construire, mais à fuir le quotidien.

• Plutôt que de se développer, l’individu se définit par ce qu’il consomme. Les médias et les algorithmes renforcent cette tendance, en détournant l’attention vers des sujets superficiels ou conflictuels.

• L’individualisme, au lieu de libérer, semble souvent aliéner.

Car cette façon de concevoir l’individualisme comme une dynamique de développement personnel semble loin de la réalité que nous constatons autour de nous. En matière de sport, certes, les salles de fitness se multiplient, les joggeurs sont nombreux à courir sur les stades, dans les rues et les sentiers forestiers, mais la plupart de nos contemporains pratiquent le sport assis sur leur canapé en regardant les matchs à la télévision. Et le spectacle que donnent parfois les supporters dans les stades (et autour !) : hystérie collective, chauvinisme, racisme, violence, est loin d’être le signe d’un haut développement personnel.

Quant à la culture, elle est souvent présentée comme du divertissement. Elle ne participe pas à la construction de l’individu, elle est là uniquement pour lui faire penser à autre chose, le distraire. De quoi ? De son quotidien ! On la consomme comme on allume une cigarette ou comme on vide une bouteille de bière — pour oublier. Cette approche, on s’en doute, ne développe pas la créativité individuelle. On est surpris de voir des masses de jeunes, le soir, envahir les terrasses des centres ville et passer des heures à discuter et à boire, au lieu de faire du sport, de créer quelque chose, ou de méditer sur leur âme… Où est le développement personnel dans ces pratiques ?

Et quand l’individu ne passe pas son temps dans un café, il déroule les fils d’actualité de ses réseaux sociaux. Il sature son esprit de choses inutiles, oubliées dans la minute qui suit.

Finalement, on peut se dire que la libération de l’individu n’a pas tenu ses promesses. Pourquoi ?

Si l’humain moderne n’est pas devenu un individu c’est sans doute parce qu’on en a fait avant tout un consommateur. J’ai montré dans un article récent sur la féminisation de la société, qu’il n’était plus un citoyen mais qu’il suivait désormais cette maxime « Je consomme donc je suis ». Il ne construit plus son identité en fonction de ce qu’il développe comme aptitude physique, ou de ce qu’il acquiert comme connaissances, ou de ce qu’il découvre au fond de lui-même sur l’être réel qu’il est, mais sur ce qu’il a consommé, consomme et consommera. Son identité se confond avec son avoir — ou sa capacité à avoir...

Mais surtout, au lieu de se préoccuper de lui-même, de se concentrer sur son développement personnel, d’utiliser son énergie pour s’améliorer sur les trois plans : le corps, l’esprit et l’âme, il semble au contraire être obsédé par l’autre : le voisin, la star du moment, l’immigré, l’étranger… Les médias, toujours en quête d’audience, excitent ce penchant naturel de l’humain d’aujourd’hui, et cherchent à détourner l’attention des individus pour les pousser à s’intéresser à d’autres qu’à eux-mêmes. Pourquoi ?

Le consumérisme résiste !

EN BREF

• La société de consommation favorise l’uniformisation : produits standardisés, goûts partagés, et personnalisation illusoire. Les réseaux sociaux et les algorithmes renforcent cette tendance, en créant des bulles de pensée.

• Les tatouages, par exemple, peuvent être vus comme une réaction à cette uniformisation, une quête de distinction. Mais les forces économiques préfèrent des consommateurs passifs, faciles à influencer, plutôt que des individus autonomes et créatifs.

• Le système actuel a-t-il intérêt à voir émerger des individus libres et critiques ?

En fait, il est possible que le développement personnel se heurte à un obstacle majeur : la société de consommation. Les intérêts économiques qui gouvernent la planète souhaitent-ils vraiment que les humains deviennent des individus à part entière ? Ce n’est pas certain !

D’abord, notre société est basée sur la consommation de masse. Les industriels proposent à tous les humains de la planète le même produit, fabriqué en grande quantité pour réduire les coûts de fabrication. Le sur-mesure est banni ! Et de fait, les mêmes boutiques se retrouvent dans les centres commerciaux de toutes les villes de tous les pays. Certes, ce modèle économique permet de proposer à tous des produits bon marché mais il crée une uniformisation de nos modes de vie.

Pour tenir compte, malgré tout, de l’individualisme naissant, on propose au consommateur de « personnaliser » son produit. On pourra ainsi configurer sa voiture selon son goût ! Des produits de base comme la sauce tomate, la moutarde ou la vinaigrette sont proposés dans une grande variété de déclinaisons. On peut choisir la couleur de son vêtement ou la forme de ses baskets, mais ce ne sont là que d’infimes variations d’un modèle standard reproduit à des millions d’exemplaires.

On peut se demander si les grandes entreprises mondiales ont intérêt à développer l’individualisme tel que je l’ai décrit. Elles semblent plutôt vouloir nous fondre dans une masse partageant les mêmes goûts. On retrouve ce phénomène sur les réseaux sociaux. Des algorithmes sont mis en place pour pousser en avant les mêmes types de contenus.

On peut noter d’ailleurs, qu’en réaction à cette uniformisation de notre société de consommation de masse, de plus en plus d’individus se font tatouer. Dans l’« Archipel français », Jérôme Fourquet écrit ceci :

Le tatouage peut enfin être analysé comme l’une des illustrations les plus symptomatiques d’un phénomène majeur de nos sociétés contemporaines : le narcissisme de masse. La promotion de soi deviendrait un leitmotiv absolu et répondrait au besoin de distinction sans limite, le corps se prêtant particulièrement bien à la modification en vertu de cette quête [16]

Il y a sans doute un autre phénomène qui s’oppose à notre réalisation en tant qu’individus autonomes. Si on peut attirer des millions de gens devant leur télévision pour assister à un match de football, nul doute qu’on pourra plus facilement influencer leurs esprits que si la population est composée d’individus se consacrant à leur développement personnel, loin des « distractions » qu’on leur propose pour échapper à leur vie quotidienne. Des individus indépendants, cultivés et créatifs sont sans doute moins faciles à contrôler.

La société de consommation voit les individus comme une masse indifférenciée afin de réduire les coûts de la personnalisation et augmenter le profit.

On le devine, la société, telle qu’elle est conçue aujourd’hui, n’a nul besoin d’individus qui se construisent par eux-mêmes, qui délaissent les produits qu’on leur propose pour explorer le monde selon le prisme qui leur convient et qui font passer leur accomplissement personnel avant l’enrichissement des uns et la volonté de pouvoir des autres.

Nous sommes en pleine contradiction !

EN BREF

• Nous vivons une époque de contradictions : les technologies offrent des outils d’émancipation, mais les forces sociales et économiques poussent à la conformité. Les réseaux sociaux, par exemple, enferment les individus dans des bulles sectaires, plutôt que de les ouvrir au monde.

• L’enjeu est de concilier le désir d’être soi-même et la pression à se conformer. Encourager l’autonomie et la créativité pourrait faire naître une nouvelle forme de collectivité, fondée sur des individus accomplis et solidaires.

• L’humanité est-elle capable de transformer cette contradiction en une nouvelle étape de son évolution ?

En résumé, on l’a compris (et on l’avait deviné !), on ne nous aide pas vraiment à devenir nous-mêmes. Nous sommes entrés dans une ère d’émancipation de l’individu, notamment grâce aux nouvelles technologies qui nous ouvrent les portes du monde comme jamais auparavant. Mais certaines forces s’arrangent plutôt pour accentuer notre ignorance, pour nous isoler les uns des autres, saturer notre espace mental de choses inutiles, et nous éloigner de nous-mêmes. Internet, avec ses immenses possibilités de développement personnel, leur est apparu comme un danger. D’où la création des réseaux sociaux pour enfermer les gens dans un monde rétréci. Dans l’immense océan de culture qui s’ouvrait à nous, on nous a abandonnés sur des îlots de sectarisme.

Au lieu de nous pousser à développer nos talents personnels, la société d’aujourd’hui cherche à nous fondre dans des moules pour uniformiser nos pensées et nos comportements.

Nous sommes pris entre deux feux : un désir d’être nous-mêmes et un désir de nous conformer aux modèles qu’on nous présente. Nombreux sont ceux qui adhèrent spontanément à ces modèles, par paresse ou manque de confiance en soi, par peur de l’isolement aussi. Nombreux aussi sont ceux qui voudraient échapper à la dictature de la norme et aller à la découverte d’eux-mêmes. Comment ne pas les y encourager !

Si l’évolution de l’humanité a fait naître l’individu, des forces puissantes ont transformé cette évolution naturelle de notre espèce en une guerre d’egos et un appauvrissement… de l’individu ! On peut rêver d’un individualisme qui, loin de nous isoler les uns des autres comme le fait l’égocentrisme actuel, ferait naître un nouveau sens de la collectivité, une nouvelle humanité, faite d’individus accomplis et ouverts aux autres.fin

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Notes

[1Notons que l’histoire de l’humanité est constamment bousculée par de nouvelles découvertes !

[2Editions La Découverte. 2022.

[3Jean-Loïc Le Quellec. La caverne originelle. La Découverte (p. 124).

[4À cette époque apparaît l’australopithèque qui se sépare en deux branches entre 3 et 2 millions d’années d’une part le paranthropus, qui n’a pas survécu, et d’autre part l’homo, qui donnera l’homme moderne.

[5J’ai choisi dans cet article de regrouper sous ce terme de « religion » les croyances humaines en l’existence de forces invisibles. Je suis conscient que le terme peut difficilement s’appliquer aux croyances des hommes préhistoriques, dont nous ne savons rien, du reste. J’adhère cependant à l’idée que l’être humain, très tôt, a engagé ce dialogue entre le monde concret et les mondes invisibles. Un tel dialogue a-t-il réellement existé ? Nous l’ignorons. Comme Jung et d’autres chercheurs, je pense qu’il est inhérent à la nature humaine, mais nous ne sommes sûrs de rien, en fait.

[6Selon certains chercheurs, l’homme se serait différencié des autres singes et du paranthropus, son cousin, fils comme lui de l’australopithèque, à cause de la durée pendant laquelle son petit est élevé, protégé, instruit. Le sevrage serait intervenu plus tard que chez les autres espèces proches, ce qui aurait provoqué un développement plus important de ses capacités cognitives et sociales.

[7Le monde asiatique obéit à d’autres canons religieux et ses croyances n’ont pas beaucoup évolué.

[8Dans un article précédent, Des adolescents à couteaux tirés j’écris ceci à propos des jeunes des quartiers difficiles : « Il semblerait que la rencontre avec des individus d’un autre quartier vienne compromettre un confort personnel. Aller à la découverte de l’autre leur demande un effort qui les épuise. Entre habitants du même quartier, ils se comprennent à demi-mot. Ils ont le même environnement depuis leur naissance, ils ont vécu les mêmes choses. Ils se connaissent tous. »

[9L’Archipel Français. Jérôme Fourquet. Seuil. 2019.

[10op. cit. page 67.

[11Le Monde. La fin des partis traditionnels, histoire d’un chamboulement citoyen. Frédéric Joignot. 27 avril 2017.

[13Naturellement, il s’agit là d’une tendance. Il existe encore des moments de ferveur collective, comme les Jeux Olympiques de l’été 2024 à Paris, ou les grandes rencontres de football.

[14On considère de plus en plus, y compris dans la médecine « officielle », que l’esprit a une grande influence sur le fonctionnement du corps, celui-ci jouant parfois le rôle d’un « lanceur d’alerte » sur l’influence excessive qu’exercent sur les organes nos émotions — ou plus simplement nos préoccupations.

[15Jung décrit un processus qu’il appelle « individuation » qui consiste, en schématisant, à explorer l’inconscient pour en identifier les différentes énergies et les réorienter dans une direction unique, le Soi.

[16L’archipel français. opi. cit. page 60.

PUBLIÉ LE : 10 septembre 2025 | MIS À JOUR LE : 6 décembre 2025

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